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[INTERVIEW] MELCHIOR TERSEN POUR LE RECEUIL "KLLING TECHNOLOGY"

Écrit par Antephil le .

Pratique ringarde pour certains, véritable culture et style vestimentaire pour d'autres, le phénomène de la veste a patchs issue des années 80 reste toujours vivant en 2016, arrivant même a convertir des personnes ne venant pas forcement du milieu du metal traditionnel. C'est ce qui est arrivé a Melchior Tersen, touché par le virus jusqu’à en devenir un accro et un archiviste du patch pour en découler au final a l'impressionnant receuil Killing Technology dont le point d'orgue sera la remise en main propre d'exemplaires aux membres de Metallica lors de leur passage au Grand Journal de Canal + pour la promotion de "Hardwired...To Self-Destruct". 500 pages de photos récoltées ces dernières années et compilées dans l'ouvrage dont la création nous est conté par Melchior lors d'une interview passionnante.

Pour commencer peux-tu nous expliquer ton parcours professionnel ?

J'ai commencé la photo à la fin de mes années lycée. Après mon bac technique, j'ai bossé en intérim durant plusieurs années, au Mac Do, en centre de loisirs… En parallèle, la photo me permettait de voir autre chose, de sortir de la routine de la mise en rayon des produits, la nuit à Auchan, par exemple. Je pratiquais beaucoup la photo avec des amis quand j'étais au lycée, puis, ensuite, à l’occasion de concerts de metal. C'était la musique que mes amis écoutaient beaucoup. J’ai commencé à rentrer dedans, moi aussi. On faisait beaucoup de photos avec des musiciens, avant et après les concerts. On allait aux séances de dédicaces, on faisait signer nos CD. J'ai toujours été du genre à ramasser les médiators, les baguettes, les setlists... C'est un truc qui a toujours été présent.

Fan boy, on va dire !

Oui. J'aime beaucoup les objets, à la base. Je suis plus attaché aux objets qu'à l'histoire humaine. A force de bosser pour des webzines, de continuer à faire mes photos dans mon coin, l’activité s'est professionnalisée par la force des choses... Ce n'était pas du tout une volonté de départ. Quand j'ai passé mon bac, je voulais être pompier ! Je ne pensais pas faire ce métier-là dix ans plus tard.

Du coup, comment en es-tu arrivé à faire ce recueil ?

La première fois que je suis allé au Hellfest, j'ai réussi à obtenir une accréditation pour entrer avec mes appareils. J'ai fait des photos de vestes à patchs parce que c'était la première fois que j'en voyais. J'écoutais beaucoup de post-hardcore et de post-rock, des groupes comme Mono, Pelican, etc. J'aimais aussi ce qui était un peu plus goth comme Paradise Lost, Type O Negative ou Rammstein. C'est un peu par ce biais que je suis entré dans le metal. Au Hellfest, il y a du death, du black... J’ai découvert que tout un public que je n'étais pas habitué à voir portait des vestes à patchs. Ça m'a tout de suite plu. Au fil des années, j'ai continué ce boulot parce que je trouvais ça ouf ! Vraiment, je ne connaissais pas du tout ! J'avais déjà vu des patchs parce que j'en avais acheté en boutique pour en mettre sur mon sac ou sur mes jeans, mais je ne savais pas qu'on pouvait en couvrir une veste. Ce livre n’aurait jamais existé sans accréditations, et c'est tout le paradoxe car les magazines qui me refusaient des accréditations viennent maintenant m’interviewer au sujet du livre... C'est un peu le serpent qui se mord la queue. Il faut qu'on soit plusieurs à croire à un projet, sinon il ne peut pas se faire.

Du coup, au fil des années, j'ai professionnalisé l’activité en apportant en festival un drap blanc pour y déposer les vestes afin de les photographier et de ne pas embêter longtemps les spectateurs. Je ne me voyais pas prendre des rendez-vous, aller chez les gens... Ce n'est pas du tout mon truc. Je préfère ce qui est immédiat car tu peux faire beaucoup d'images. J'en ai eu de plus en plus. De mon côté, j'avais acheté des patchs et commencé à me confectionner une veste. Je m'étais dit que moi aussi, je pouvais m'en faire une. J'ai kiffé ! Je suis en train de terminer ma septième.

Ah oui, quand même ! Tu as eu le virus !

J'ai vraiment aimé le fait de coudre dans le train, dans le bus, dans le train de banlieue ou quand je n'ai rien à foutre. J'aime bien cette activité car je passe pas mal de temps seul, en déplacement. L’an dernier, ça a même remplacé la lecture.

Et pourquoi le titre "Killing Technology" ? C'est une référence directe à l'album de Voivod, je pense. Pourquoi ce choix ?

- Melchior Tersen : Pourquoi celui-là ? Au début, je n'avais pas de titre du tout. J'ai fait tout le projet sans titre et sans visuel. Je me suis concentré vraiment sur le fond, puis est venu le moment où on m'a demandé de choisir un titre. Franchement, je n'avais pas d'idées. Je n'arrive jamais à trouver des titres, ou alors ça fait cheap. J'ai bien cogité et je me suis souvenu de cet album de Voivod dont j'aime le son.

Un peu old school.

Ouais… Je suis né en 1987. Du coup, ma culture c'est les années 80, 90 et 2000, alors forcément, il y a de l'heroic fantasy, Conan, Mad Max… Je suis très Donjons et Dragons, dans l'idée. J’adore Le Seigneur des Anneaux. Je suis un vrai gamin quand il s’agit de fantasy, d’épées ou de sortilèges. Dans ma chambre, il y a des figurines partout. Sur ce plan, je suis un peu geek, mais j'assume complètement d'avoir des épées accrochées au mur à trente balais. Quand j'étais plus jeune, il y avait toujours cette idée d'un futur avec des créatures fantastiques, des labyrinthes, des trucs comme ça. Quand tu grandis, que tu aimes bien les minotaures et que, parallèlement, tu dois passer deux heures chez SFR pour faire réparer un micro de téléphone cassé… C'est un mélange qui ne me plaît pas du tout. Je trouve que le monde va trop vite. Il manque de romantisme. Il faut prendre un peu plus son temps. Ce n'est pas en six mois que tu accomplis quelque chose. J'aime bien l'idée d'aller un peu à contre-courant du buzz, de tout ce qui va vite et qui te fait vivre vite. J'aime bien ce qui dure et j'ai plein d'objets car je garde toujours les choses. Je garde les coupures de presse dans des classeurs, par exemple. Je suis très archiviste. Dans "Killing Technology", il y a l’idée de ralentir, de tuer le futur qui pourrait nous faire mal. L’album de Voivod est sorti en 1987, l'année de ma naissance. Ce n'est pas un hasard. Il a été conçu en référence à Hiroshima, à Nagasaki, aux bombes atomiques. D’ailleurs, j’aime aussi beaucoup les mangas. La culture asiatique, je l'ai connue par ce biais. Les Américains ont donc balancé cette bombe et il y a eu un avant et un après. L’armement, ça me fait un peu flipper. Je préfère les épées. Le monde ne va pas éclater, avec une épée. Il y a aussi la couture. C'est un truc archaïque. On a toujours recousu ses plaies quand on se coupait, on a fait des vêtements… J'aime bien l'idée de l'objet industriel tel le patch, qui peut être imprimé en Malaisie, en Angleterre, à Hong Kong, bref n'importe où, et en même temps, le fait qu’il soit cousu à la main. Le côté industriel est mélangé à une technique humaine. J'aime bien le concept un peu désuet de la couture et du patch. Il y a toujours l'idée de pouvoir ralentir et de se poser. Tu te poses une heure et tu vas coudre un patch. Tu vas te piquer les doigts, tu vas faire du double fil…

Tu t'évades, d'une certaine façon.

Dans un certain sens, oui. J'aime bien ce que j'appelle des refuges. Quand tu ne te sens pas forcément en phase avec la société contemporaine, tu te réfugies dans un truc lié au plaisir et à la nostalgie. Les patchs, c'est toute une période où je galérais professionnellement. Je bossais à la Fnac de Boulogne. Quand je rentrais chez moi, j'aimais bien passer une heure sur les forums ou sur eBay à chercher des patchs ou bien à coudre. Je m’évadais. Ce me permettait de ne pas rester prisonnier des carcans des normes actuelles. Ils ne me plaisaient pas.

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Iggor Cavalera, ex-Sepultura et membre de Cavalera Conspiracy, a préfacé ton livre. Comment s’est déroulée votre collaboration ? T’a-t-il raconté des anecdotes au sujet des patchs ?

Je ne l'ai pas rencontré. L’idée s’est présentée alors que j'en étais aux trois quarts du boulot, grâce à Pedro, de Headbangers. J’ai rencontré Pedro à l’occasion d’une exposition dans le 18e arrondissement, il y a cinq ans. Je suis de la banlieue sud, alors je connaissais mal ce coin-là, à part l'Elysée-Montmartre ou Pigalle via les salles de concert. Quand j'étais en CM2, j'ai découvert le foot, ce qui m'a permis de connaître la géographie européenne et mondiale. Je savais où situer Malmö, Vienne, Bâle, etc.  Avec le métal, j'ai un peu découvert Paris via les scènes de concert. Quand j'ai réussi à avoir des accréditations, ça m'a permis de voir autre chose. J'avais donc organisé une exposition dans le 18e et, à côté de ça, Pedro et son frère avaient un lieu qui s'appelait "Le Salon". Ils sont passés au vernissage. J'avais déjà des trucs sur le métal. J'avais invité un mec du Sud, un musicien qui réalise de très belles illustrations à l'encre de Chine. Je trouvais ça chouette. Je crois que Pedro avait accroché sur l'énergie qu'il y avait. On essayait de faire un truc qui changeait et d'être libres. On est resté plus ou moins en contact car je connaissais bien son frère et sa belle-sœur. Un jour, sa belle-sœur m'a dit qu'il avait un projet d'édition. Je lui avais montré la fin de la maquette du bouquin, que j’avais réalisée pour pouvoir démarcher, prendre du recul et voir plus clair sur mon taf. J’ai pensé que ça pouvait être intéressant de faire ce livre sur les patchs car il a, lui aussi, une culture avec du DIY. Il est producteur d'électro, mais il a grandi avec  Metallica, Anthrax, Megadeth. Ce n'est pas forcément ce que je préfère dans le metal, mais ça complétait. En tout cas, il était réceptif à mon idée. Le problème, c'est que dans le metal, il n'y a pas beaucoup de maisons d'édition. Camion Blanc est une bonne maison, mais elle n’éditerait pas un bouquin de 500 pages comme ça. Les autres ne me prenaient pas au sérieux ou alors ça ne les intéressait pas. On m'a sorti des inepties, des trucs complètement absurdes. J’avais montré mes portraits réalisés en festival à une pointure d’un centre photographique d’Ile-de-France. C'était assez pudique, simple, sans mise en scène. Le mec m'a dit : « Tu devrais prendre le nom des gens, leur numéro de téléphone, les recontacter et les photographier nus en studio parce qu'ils doivent avoir des tatouages, des cicatrices, ça peut être beau. » J'avais payé dix euros pour entendre ça ! Je lui ai demandé s'il n'avait rien d'autre à me dire ! On m'a sorti beaucoup de conneries. Pedro m'a laissé carte blanche. J'ai plaqué toutes les images que j'avais, sans sélection. Je me suis dit que c'était important de tout montrer, depuis le « crush » jusqu'au recul final. Il y a des vestes plus chargées que d'autres, plus belles que d'autres, certes, mais quand tu as seize balais, tu n'as pas de sous. Tu veux te faire ta veste, mais tu n’as pas forcément de vieux patchs rares car ils coûtent cher et ne se trouvent que sur eBay. Je n'aime pas l'élitisme en général, le cloisonnement. Quand j'ai commencé, j'étais plus black et death dans le visuel et les groupes. Et puis, je me suis souvenu que je n’étais pas entré dans le metal par Deicide. Je suis passé par Dillinger Escape Plan, Every Time I die ou Converge. J’ai pensé que ce serait bien de mettre du nu metal, des trucs symphoniques, du thrash... Un peu de tout. Je suis quand même resté sur des groupes que je connaissais, pour la plupart. Je ne peux pas citer la discographie de chaque groupe, mais je connais au moins son genre, ses tubes. Je connais le metal un minimum pour avoir une vision d'ensemble un peu cohérente. Quand la mise en page a commencé, les gens qui s’en occupaient ont un peu tout mélangé. Ils ne connaissaient pas tout cela, alors j'ai dû faire le garde-fou. Des fois, ça a chauffé un peu, mais tu ne peux pas mettre Obituary ou Offspring à côté de Burzum. Ça ne marche pas ! Ce n'est pas le même genre de musique ni le même genre de public. Ce n'est pas le même style, même visuellement. Il faut ranger un minimum en fonction des genres, des familles, pour que ce soit cohérent.

Parmi les gens qui t'ont refusé, penses-tu que certains trouvaient les patchs ringards ? Qu'aurais-tu à leur dire ?

Ils ont le droit de penser ça. Je suis moi-même très critique. Je n'aime pas la plupart des choses que je vois. C'est donc normal que tout le monde n'aime pas le truc. Ce qui est dommage, c'est le manque de prise de risque. J'ai montré mon projet à des éditeurs qui avaient pourtant assez de fonds. S’ils m’avaient édité il y a deux ans, j'aurais été déjà très content d'avoir un premier volet. Des éditeurs vont craquer tout leur budget pour obtenir des fonds de tiroir de pellicules de William Egglestone ou de Stephen Shore et sortir des bouquins de merde qui n'intéresseront personne, juste parce qu’il y a un gros nom ronflant mais ringard depuis quarante ans. Ce sont ces mêmes personnes qui qualifieront  mon sujet de ringard. J'aime bien l'idée d'avant-garde. Je trouve ça important d'essayer de ne pas copier, sans tomber non plus dans la réappropriation. Artistiquement, le dialogue que j'ai avec les galeries ne fonctionne pas car je suis plutôt dans l'hommage. L'autre jour, j'ai acheté le Playgirl où Peter Steele pose à poil. J'ai eu du mal à l'avoir !

Tu m’étonnes ! Il est devenu culte et il a été vite épuisé.

La page où il pose avec le téléphone, son tatouage de veuve noire à côté de la bite... Cette photo est incroyable pour tout ce qu’elle veut dire... Le mec est clairement en avance. Il est complètement dans l'époque actuelle alors les photos ont été prises il y a vingt ans. Il était à l'avant-garde dans plein de choses : le romantisme, un délire marquis de Sade un peu fasciste sur les bords... C’est très fort. Moi, je me contenterais de scanner cette page et de la tirer en grand. Pour moi, c'est une façon de rendre hommage à la photo, au magazine qui a pris le risque de faire ça, à Peter Steele lui-même. Mais ça, les gens de l'art ne le comprennent pas. C'est juste un hommage. Je n'ai pas de travail à ajouter. Mon travail, ce serait juste de mettre cela en lumière pour montrer que c'est intéressant. C'est une sorte de saint Sébastien transpercé par des flèches... Je vois des connexions. Les éditeurs et les galeristes ne voient pas tout ça. Ils trouvent ça ringard parce que ce n'est pas dans l'air du temps, et si ce n'est pas dans l'air du temps, ils ne vont sûrement pas t'aider. De toute façon, ce sont des gens idiots. Je le dis avec du recul. Je ne viens pas du monde de l'art. J'ai travaillé sur des chantiers, des péniches, en intérim, au Mc Do, au centre de loisirs, dans des hippodromes, des agences de comm'... Franchement, j'en ai vu, des trucs. J'ai une idée un peu large de la société. J'ai des amis de tout bord politique, de tout horizon. Je connais des gens de partout, qu’ils viennent de grosses cités ou qu’il s’agisse d’aristos. Depuis que j'ai commencé à rentrer dans le milieu de l'art, c'est vraiment compliqué. Il y a des gens qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche, qui n'ont jamais vu vraiment grand-chose. Ils ne sont même pas hypocrites, seulement contents de leur bêtise. Je leur reproche leur manque de prise de risque. Je remercie Pedro d'avoir pris le risque d'investir des sous. Ça a été fait de manière assez classe, sans crowdfunding. Je n'ai pas gratté de sous. Je n'ai rien demandé. Je n'ai pas baissé mon pantalon. Il a respecté le projet et il l'a édité du mieux possible. Je fais de l'édition dans mon coin avec des galères. Si j'ai besoin de mille euros pour faire un truc, je vais cravacher un moment pour récolter cette somme. Lui, il a investi beaucoup de temps et d’argent dans ce projet, alors qu'en parallèle, il sort des trucs sur son label. Il a agi d’une manière assez belle. En France, peu de gens donnent leur chance à des inconnus qui sont en dehors du milieu ou de la tendance. Il m'a aidé pour imprimer le livre et le diffuser. Ce que je voulais, c'est que l’ouvrage soit disponible partout. J'aurais pu l'éditer moi-même, mais ça m'aurait coûté un bras, j'aurais travaillé un an pour récolter les fonds, et le livre n’aurait été acheté que par des personnes qui me connaissent. Je ne suis pas bon pour la comm'. Je n'aime pas tanner des gens. Même faire un post sur Facebook, je n'aime pas ça. J'ai Facebook mais pas Snapchat, Instagram ou Twitter. Je ne sais même pas m'en servir. Tu verrais mon téléphone, c'est une horreur ! Je ne suis pas bon là-dedans. Je vais plutôt essayer d'aller là où je suis bon. J'ai du recul sur mon travail. Je pense que le livre est bien, mais je reste critique. Il y a plein de choses que je rajouterais bien, que j'aurais pu faire autrement, mais bon, pour quelqu'un qui découvre le truc, je pense que c'est plaisant. L'idée, c'est aussi de rester sur une forme assez pop. Je me suis intéressé aux patchs et il y en a certains que j'ai payés une blinde. Il y en a un de Slayer, « Show no Mercy », que je n'avais jamais vu, avec seulement la tête du Minotaure. Il est magnifique ! Je l'ai payé 55 euros sur eBay Etats-Unis, avec un envoi lettre à 1 euro, donc je ne suis même pas sûr qu'il arrive ! Ça a fonctionné ainsi pendant longtemps. Quand je bossais à la Fnac, j'étais en parallèle sur les ordis de l’enseigne pour acheter des patchs ou des T-Shirts. Je me faisais engueuler par le patron, mais j’aurais préféré me faire virer plutôt que de le louper tel ou tel patch. Tu vois la mentalité ! Le livre m'a pris six ans. Ça m'a coûté cher : j'ai pété mon PEL, j'ai bossé, je ne suis pas parti en vacances, j'ai habité chez mes parents jusqu'à mes 27 ans. J'ai fait des sacrifices pour arriver à un tel résultat et je suis content que ça se diffuse bien. Je suis heureux que même au fin fond du Mexique, on puisse se procurer le livre. Il y aura dix euros de frais de port, mais ce sera disponible sur le continent. Le prix de l’ouvrage est une somme, mais comparé à ce qu'il m'a coûté, il vaut le prix d'un patch. Et il y en a plus de cinq cents. Tous les patchs du livre, ce sont les miens. C'est toute ma collection. J'avais aussi décidé de prendre en photo les patchs de différentes personnes contactées sur Internet. Je vais chez un Allemand à Nuremberg. Il a une collection de ouf, et je réalise qu’il n'y a pas de limites. Ma seule limite, c'était mes moyens. Je suis allé au bout de mes moyens pour réussir à sortir ce livre.

Justement, au cours de tes six années de recherche, as-tu acquis des pièces de collection, des choses qui coûtaient assez cher ?

J'ai mis dans la préface du livre que j'ai vu deux pièces monter très très cher. J'ai vu le "Schizophrenia" de Sepultura à 145 euros sur eBay. J'ai vu un Rammstein brodé, assez rare, datant de la tournée "Sehnsucht", je crois, avec le gros "R" et du feu derrière. Le patch a atteint des sommes de ouf. Ces trucs étaient proposés à 3 ou 4 DM dans les catalogues du style EMP, au début des années 90. Ce que j'aime bien là-dedans, c'est que ne sont pas des pièces qui ont été faites pour être rares. Ce sont des patchs qui ont été tirés en grande quantité. S’ils sont maintenant chers et rares, c'est qu'ils ont traversé le temps. Dans le livre, il y a des patchs de plus de trente ans : des vieux Venom,  Kiss ou Iron Maiden qui datent du début des années 80. Certains remontent même à la fin des années 70 : Led Zeppelin, Judas Priest, Scorpions, ou AC/DC. D’ailleurs, pour AC/DC, il y a des patchs de ouf, mais je n'en ai pas trop mis car ce n'est pas ma came, musicalement. Si j’avais commencé à incorporer AC/DC, le livre aurait été deux fois plus long ! Pour certains trucs, je n'ai pas pu approfondir. J'aimerais beaucoup avoir la possibilité de travailler sur un livre de 1000 pages avec 5000 patchs de metal, mais il faut être suivi, et j'ai travaillé avec les moyens que j'avais. Certains patchs sont montés très cher. J'ai vu un back patch de "Altars of Madness » de Morbid Angel partir à des milliers d'euros, mais je crois que c'était une connerie d'eBay. Je ne vois pas comment un tel back patch, même tout neuf, pourrait atteindre 4000 euros sur eBay ! Je n'y crois pas.

Payer 70 euros l’un des premiers T-Shirts de Burzum ou Bathory, tirés à 50 ou 100 exemplaires par les musiciens eux-mêmes, ça ne me paraît pas si cher. Quand je vois une photo à la con monter à 40 000 euros, je me dis que ça ne vaut sûrement pas ce prix. Après, j'ai une autre idée des valeurs de l'objet. Je suis prêt à mettre cher pour un objet qui m'est cher. De toute façon, je ne vis que d’objets de seconde main.

As-tu remarqué s'il y avait des communautés de metal plus enclines à collectionner les patchs que d'autres ?

En France, pas trop. Les Français sont un peu branleurs. Ils veulent se faire une veste car ils en voient autour d’eux. Du coup, ils achètent une veste H&M, des patchs en festival et après, ils se contentent... La France se contente beaucoup, en général. Les Allemands et les Italiens sont beaucoup plus chauds. Ils ont peut-être davantage une culture de l'objet. Les Allemands font partie de clubs : de supporters de foot, de fête de la bière, de trucs comme ça. Dans les provinces, il y a les clubs de motards. C'est un truc allemand. Du coup, l'écusson, le badge, l'aspect "confrérie", cela revient beaucoup. C'est plus dans leur culture. J'ai du mal à voir ce qu’est  concrètement la culture française, à part de l'arrogance. Les styles musicaux concernés sont essentiellement le death, le speed et le thrash. Après, tu as aussi le black, avec des patchs noirs et blancs.

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On va faire un bond dans le futur. Étant donné que la mode évolue parfois bizarrement, penses-tu que la veste à patchs puisse continuer à perdurer ? Pourrait-elle évoluer ? Les fans pourraient-ils trouver d'autres façons de faire du self-made pour afficher les logos de leurs groupes favoris sur leurs vêtements ?

Dans le metal, cette mode date des années 80. Elle vient des bikers et, au-delà, des militaires. L'ancêtre du patch, c'est l'écusson militaire, les grades, les galons... C'est tout ça. Je n’ai pas trouvé grand-chose sur l'histoire des patchs. Blue Grape Merchandising était une société new yorkaise qui faisait tous les patchs : Type O Negative, Deicide… Il y a aussi Razamataz, une société anglaise, qui est plutôt années 90. J'ai plein de patchs de Celtic Frost édités par cette boîte. Je crois qu’ils existent toujours, mais ils sont passés à beaucoup plus gros. Même Blue Grape est passé en mode tourneur de gros groupes comme Dimmu Borgir ou Cradle of Filth. Enfin, c'est dans cette idée-là. Ils ont monté en gamme. Ils sont rentrés dans des trucs moins confidentiels. Je pense que ça va continuer. Depuis quelque temps, ça sort du cadre du metal. Je n'ai pas suivi la série Sons of Anarchy, mais on y voit des vestes patchées avec des têtes de mort. J’ai aussi vu le patch revenir beaucoup dans le rap.

Justement, il y a donc des courants musicaux autres que le metal qui font du patch ?

Il y a toute une scène un peu DIY, arty, qui fait des patchs, des fanzines, notamment au Mexique et en Angleterre. J'observe un peu, mais je ne suis pas client de ces nouvelles formes, bien qu'il y ait des trucs assez chouettes. J'étais vraiment focalisé sur le metal pour ne pas me disperser. C'est compliqué de travailler de manière abstraite tout en restant focalisé sur un truc. A la longue, tu te manges des refus, ça n'évolue pas, tu n'as plus de sous, tu perds la foi.  A des moments, j'aurais pu me dire : "Vas-y mec, tu perds ton temps, tu t'embourbes tout seul dans ta folie, tu ne vas pas t'en sortir, relève la tête." J'ai réussi à aller jusqu'au bout et c'est bien. Est-ce que ça sort du cadre du metal ? J'ai un pote à Clignancourt qui vend des patchs. C'est con parce que je ne l’ai rencontré qu’après avoir édité le livre. Sinon, j'aurais eu deux fois plus de patchs ! On verra ça pour plus tard, si ça se refait. Il existe beaucoup de patchs de Public Ennemy ou de Dr Dre. En fait, c'est Def Jam qui est derrière ça.

Le label historique de Slayer et du rap.

On doit à Def Jam a fait le duo composé par Aerosmith et Run-D.M.C. J'ai vu plein de patchs de Public Ennemy, des looks à la Pantera, beaucoup de feuilles de cannabis, une typographie particulière... Les trucs de Dr Dre, on dirait du Grateful Dead, avec une tête qui fume, une tête de mort avec un joint, des couleurs psychédéliques... Le patch revient un peu, mais juste au niveau mode. Je pense que Sons of Anarchy y est un peu pour quelque chose. Après, je dirais que tout est cyclique. Dans cinq ans, ce sera peut-être ringard puis de nouveau à la mode dans dix ans. A partir du moment où un truc a marqué une époque, il reviendra à un moment donné, mais tu ne peux pas contrôler tout ça. J’ai commencé le bouquin en 2010. Les patchs n'étaient pas du tout à la mode. De toute façon, je n'aime pas copier. Je préfère toujours rendre hommage. Je n'aurais peut-être pas commencé cet ouvrage quelques années plus tard. Après, je vois que ça arrive dans le rap. Beaucoup de gens crachent sur le fait que quelqu’un comme Miley Cyrus puisse porter un T-Shirt Slayer... Moi, je m'en fous complètement. Je n'aime pas ce qui est sectaire. Après, si elle porte un T-Shirt Slayer sans savoir de qui il s’agit... Si ça se trouve, elle aime bien Slayer ! Les gros groupes de metal, ce sont des rockstars, des popstars. Ils se déplacent dans des voitures de luxe et ils brassent des millions. Il faut arrêter l'hypocrisie. Quand tu passes aux MTV Music Awards, tu ne peux pas devenir un modèle d'intégrité.  J'ai vu le membre d’un groupe porter un T-Shirt Kim Kardashian...

Kim Kardashian avait porté un T-Shirt de Slayer sur scène. Du coup, Gary Holt a porté un T-Shirt « Kill The Kardashians ».

Que Kim Kardashian  porte un T-Shirt Slayer, on s'en fout. Gary Holt lui a répondu sous la forme d’une blague. C'est juste pour faire bander les metalleux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur bouc. Je trouve ça nul. Le bouquin, ce n'est pas un livre de tendances, mais vraiment de l'archivage. Il a été pensé pour les metalleux qui kiffent les patchs. J'ai essayé d'être vraiment exigeant, d'aller au bout du truc. J'ai découvert plein de groupes à partir de leurs patchs : Cruel Force, Autopsy, mais aussi Dark Angel. Certains m’ont plu, d’autres pas. J’en ai mis certains de côté. Le livre a donc été imaginé et conçu pour les metalleux dès le début, mais j'ai vu que c'était important de garder une forme arty, un peu pop, car je trouvais l’idée bonne, en tant qu’artiste et fan de metal. Ce qui m’énerve, c’est de constater qu’il n’y a rien sur le metal au Palais de Tokyo. Je suis artiste, j'aime bien le rap et le metal, les Chevaliers du Zodiaque et Dragon Ball Z, alors pourquoi n’a-t-on pas le droit d'en parler dans l'art ? Pourquoi tu dois juste poser des questionnements mytho ou être la pute de l’État ? Je ne suis pas comme ça. Pourquoi mon projet sur les patchs n'irait-il pas au Palais de Tokyo ? Là-bas, j’aimerais bien voir des choses qui me parlent, et pas uniquement des trucs d’intellos prétentieux. Je suis pour la mixité complète. Pourquoi ne pourrait-on pas parler de metal  dans l’art  alors qu’il y a des pochettes de ouf et plein d’artistes incroyables ? J’aimerais bien scanner les patchs et pouvoir les exposer en très grand. Ce serait une manière de rendre hommage aux gens qui ont fait les pochettes et qui sont peut-être connus dans le milieu, mais qui ne seront jamais exposés au Palais de Tokyo. Certaines œuvres sont incroyables ! C’est réalisé en grand puis réduit pour faire un patch. Tu vois une technique de couture… C’est une autre vision de l’œuvre. Je vois les choses comme ça, en tout cas.

As-tu des clichés favoris dans "Killing Technology" ?

J'apprécie particulièrement les patchs que j’ai galéré à trouver. Il y en a un que j’ai mis six mois à recevoir. Il a été envoyé, il est reparti, il a été renvoyé… Le patch a fait quatre fois le tour du monde alors qu'il coûtait deux euros ! De telles histoires me font rire. Il y a une veste que j'aime beaucoup. C'est celle d'un petit Danois que j'avais rencontré au Fall of Summer, très fan de Venom, de Minotaur, de speed allemand... Il était venu avec sa nana, qui était très gentille aussi. J'ai pris la veste en photo et j'ai vu qu'il y avait un patch de Black Sabbath, ce qui m'a semblé bizarre parce que ce n'est pas le même style de musique. Il m'a dit que la veste avait appartenu à son daron. Comme il était moins épais que son père, il avait dû réduire la veste, la couper, rajouter des morceaux. Du coup, il y avait à la fois les patchs de son père et les siens par-dessus. C'était joli, ce côté filiation. Tu sentais que la passion s'était transmise notamment via cette veste. Si les gens veulent leur photo de veste, ils m'envoient un mail car je donne toujours ma carte de visite. Du coup, le Danois m'a contacté et je lui ai envoyé sa photo. Il avait signé « Hail & kill » à la fin. J'avais bien aimé tout ce que ça impliquait. Je me suis dit que si je faisais un autre livre sur le metal, je prendrais ce titre-là. Là, j'ai une exposition avec des photos qui ne concernent pas les patchs, mais plus l'évolution de l'univers metal. Ça s'appelle comme ça, « Hail & kill » et ce sera à Berlin fin octobre.

Sympa pour l'info.

C'est parallèle au livre.

Pour finir, comment expliquerais-tu à un néophyte cette passion pour le patch metal ?

Je dirais que c'est un peu comme des vignettes Panini, mais pour les adultes. Tu les collectionnes. Ton album vide, c'est ta veste vide. Tu colles des patchs dessus, sauf que contrairement à un album Panini, tu as n'a pas de numéros attribués. Tu fais ce que tu veux, au final. Je conseillerais aux gens de le faire. Quand j'ai fini ma première veste, j'étais à Amsterdam. J'avais pas mal fumé, alors elle est cousue n'importe comment. Il y a des patchs sur le côté... Ce n'est pas fait exprès. J'ai essayé de tout faire bien, mais j'étais tellement dans mon monde que je l'ai cousue un peu de travers. C’est la première fois de ma vie que j'ai réellement réalisé un truc de mes mains. C'est rare ! On ne fait plus d'artisanat en bois, on ne sait plus faire du feu. On ne sait plus rien faire, je trouve. C'est compliqué. J'ai du respect pour les artisans, les agriculteurs et les mécaniciens. Ils sont utiles à la société. Je suis dans un monde artistique où beaucoup ne savent quasiment pas faire leurs lacets. C'est un truc de fou ! Quand il y a des grèves dans le métro, ils découvrent la ligne 3 ! C'est incroyable ! Moi, je connais bien la banlieue. Bref, quand j'ai eu fini ma veste, franchement, j'ai eu un sentiment de satisfaction personnelle d'avoir juste réussi à faire quelque chose. Ce n'est pas gagné pour un garçon de mon âge. On n'a pas appris à coudre à l'école. Ma petite sœur est en école de mode car elle a toujours aimé la couture et les vêtements. Moi aussi, j'ai toujours aimé les vêtements. On a toujours fait les vide-greniers pour gagner des sous quand on était au lycée. On allait chercher des vêtements de marque en brocante et on les vendait sur eBay. On gagnait ainsi un peu d'argent pour se payer des places, par exemple. On a toujours fonctionné à la débrouille. Je conseillerais aux gens d'essayer de réaliser leur propre veste à patchs. Franchement, c'est hyper satisfaisant de créer un truc soi-même. Ce n'est pas tous les jours que l'on fait quelque chose.

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