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[INTERVIEW] Phil Mucci réalisateur du clip "Spit Out The Bone" de Metallica

Écrit par Phantasm Traduction Marie-Eleonore le .

Version Francaise

On ne connait pas forcement leur nom, mais leur travail aura aidé bien des groupes et artistes à se faire connaitre, tant la musique alliée à l’image ancrera d’autant plus un titre dans la mémoire collective. C’est une de ces personness dont le crédit du nom n’est pas forcement aussi haut placé que la qualité de l’œuvre proposée avec qui nous sommes entretenus. chois pour réaliser la vidéo d’un des titres majeurs du nouvel album de Metallica, "Hardwired...To Self-Destruct", Phil Mucci nous parle de la réalisation de "Spit Out The Bone" et de sa carrière. Vous aurez forcement vu l’une de ses vidéos sans le connaître, découvrez maintenant l’homme derrière la machine à dystopie.

A propos de "Spit Out The Bone"

Pour commencer, comment t'es-tu retrouvé à être choisi par Metallica pour devenir l'un des réalisateurs participant aux clips de "Hardwired...To Self-Destruct" et aboutir à ce que beaucoup pensent être le meilleur titre et clip de l'album ?

Merci beaucoup ! Apparemment, Robert Trujillo et James Hetfield étaient tous les deux fans de mes précédents clips. Robert m'a contacté directement. Il m'a dit qu'il avait adoré le clip de "Annihilation Affair" que j'ai fait pour Torche, qu'il a même qualifié de "chef d'oeuvre"! Il m'a aussi raconté que l'un des clips que James adorait par-dessus tout était "Fertile Green", que j'ai réalisé pour High on Fire. Les membres de Metallica ont débattu pour sélectionner le titre que j'allais mettre en images. Robert et James avaient choisi "Spit Out The Bone" car il leur semblait que les thématiques abordées colleraient parfaitement à mon style. Lars, quant à lui, estimait que le clip de "Spit Out The Bone" traduirait mieux la complexité de la rythmique et de la structure sonore s'il montrait le groupe en train d'interpréter le titre. Il a opté pour "Confusion". J'ai donc écrit un script pour "Confusion", très éloigné du clip qui a été réalisé au final. Je leur ai soumis mes idées et ils m'ont répondu qu'ils voulaient, en définitive, que je m'occupe de "Spit Out The Bone", et que le clip serait une sorte de court-métrage totalement narratif sans images du groupe en train de jouer.

Cette idée de la part du groupe semble avoir été prise en dernière minute avec le regard extérieur. A quel moment la prise de contact avec toi s'est-elle faite ? Combien de temps as-tu eu pour réaliser le clip de "Spit Out To The Bone" ?

Robert m'a envoyé un mail le 18 septembre pour m'annoncer que le groupe avait vraiment très envie que je mette un titre de l'album en images, mais que le choix n'était pas encore arrêté ! Quelques jours plus tard, Metallica m'a demandé de rédiger un script pour "Confusion", document que je leur ai envoyé le 21 septembre. Ensuite, ils sont revenus sur leur choix et je leur ai soumis le script de "Spit Out The Bone" le 26 septembre. Le temps que le script soit accepté, le budget bouclé et le contrat signé, on était déjà le 7 octobre et il fallait que le clip soit prêt pour le 16 novembre ! A la base, le groupe voulait un clip façon petit film d'animation, comme je le fais souvent, mais le délai imparti n'était pas suffisant ! Mes films d'animation sont généralement plus brefs à réaliser que d'autres formes d'animations, mais il faut au moins 2 mois de travail pour un titre de 4 minutes. Alors pour un morceau de 7 minutes, je n'en parle même pas ! Je les ai convaincus que je pouvais leur livrer une vidéo en prise de vue réelle dotée d'effets spéciaux volontairement datés et de l'esthétique "film de série B" typiques de mes clips animés. Une fois le travail de préparation terminé, il nous restait un mois pour mettre "Spit Out The Bone" en boîte. J'ai réalisé les prises de vue principales entre le 17 et le 19 octobre, ce qui ne m'a laissé que 28 jours de post-producton. C'est le délai le plus court que j'aie jamais eu pour un projet d'une telle ampleur ! Ça a été un défi incroyable, c'est le moins que je puisse dire !

L'idée du clip t'a-t-elle été donnée ou as-tu eu une totale liberté ?

Je puise toujours mon inspiration dans le morceau qui m'est soumis et je n’ai pas reçu de directives ou de souhaits particuliers venant du groupe. Ils ont laissé ma créativité s’exprimer totalement librement, ce qui est extrêmement noble de leur part. Comme le projet devait être bouclé en très peu de temps, je n’ai même pas eu de consignes à respecter. Les membres de Metallica m’ont fait entièrement confiance et laissé travailler comme je l’entendais, faute de quoi je n’aurais pas pu rendre mon travail dans le délai imparti.

Réaliser un clip pour Metallica pourrait être comme le sommet d'une carrière. Que retires-tu de ce projet ?

On ne peut pas vraiment parler d’une collaboration directe, mais je dirais que cette expérience m’a confirmé que les choix que j’avais faits précédemment avaient été de bons choix. Les deux clips qui ont donné envie au groupe de me contacter, "Fertile Green" de High on Fire et "Annihilation Affair" de Torche, ont été réalisés avec de tout petits budgets, mais nous y avons investi de notre temps et de notre argent pour pouvoir en être fiers. Tout cela m’a conduit à travailler pour Metallica, donc le jeu en valait bien la chandelle !

Pour "Spit Out The Bone", l'influence de Shinya Tsukamoto (Tetsuo, Bullet Ballet, Nightmare Detective) semble se faire sentir sur le style de l'animation. A-t-il été une référence pour cette vidéo ?

Il est certain que la série des Tetsuo de Tsukamoto a été une source d'inspiration pour moi. Nous abordons les mêmes thématiques de science-fiction et travaillons avec de petits budgets. J'ajouterais que l'hommage le plus flagrant que je lui aie rendu est ce qu'on a appelé "la croix du Dieu Robot" (minutieusement créée par Amanda Graeff), que les soldats saluent dans le clip, dans un passage en noir et blanc inséré à 4 mn 03. J'ai toujours adoré l'ingéniosité dont Tsukamoto fait preuve dans ses films en insérant simplement une armature métallique pour certains passages en stop motion. Les images en rafale qui illustrent les riffs thrash sont également un hommage à ses films. Il y a aussi une référence au film Flash Gordon de Mike Hodges, et plus précisément à la scène où la mémoire du docteur Zarkov est effacée. On la voit disparaître en clignotant sur un moniteur.

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Certains n'auront pas manqué de remarqué des similarités entre l'univers de "Spit Out The Bone" et la pochette du dernier album de Megadeth "Dystopia". Simple coïncidence ou influence ?

Je ne suis pas en mesure de parler des similarités conceptuelles, étant donné que je n'ai pas écrit les titres, mais s'il y a des similarités sur le plan esthétique, visuel, elles sont purement fortuites. Le futur dystopique est bien évidemment une thématique très commune dans le domaine de la science-fiction. Le concept n'a pas été inventé par Megadeth ou Metallica. Les coïncidences sont donc inévitables. Puisque "Spit Out The Bone" me fait penser aux titres de Metallica avec lesquels j'ai grandi, aux débuts des années 80, je me suis inspiré des films de science-fiction sortis à l'époque, comme "La Guerre des étoiles", "Terminator", "Flash Gordon", et plus particulièrement de l'aspect bâclé des films de série B à petit budget que l'on pouvait trouver dans les vidéoclubs ou qui étaient projetés dans les cinémas en plein air. L'inspiration d'une grande partie de mes clips me vient précisément de ce genre de films, qui étaient bouclés rapidement et avec peu de moyens, comme le sont les clips aujourd'hui. Et pourtant, on sent dans beaucoup de ces films un goût pour l'audace et un certain enthousiasme qui font défaut à beaucoup de grosses productions sorties à la même époque.

Penses-tu que Metallica pourrait vouloir proposer toutes les vidéos en sur un DVD ou un Blu-ray ? L'idée est d'ailleurs peut-être déjà à l'étude.

Je n’en sais rien du tout, mais l’idée est bonne !

Pour terminer sur ce sujet, quels sont tes clips favoris d'"Hardwired To Self-Destruct" ?

Hormis le mien, envers lequel j’aurai toujours une tendresse particulière car il est le fruit d’un incroyable travail d’équipe, je choisirais les captivants “Here Comes Revenge” et “Murder One”. 

La carrière de Phil Mucci

Comment as-tu eu envie de réaliser des clips ?

Suite à mes deux premiers courts-métrages, on m'a proposé de réaliser un long-métrage dont l'écriture était terminée. On n'attendait plus qu'une autorisation. J'ai approfondi le scénario avec les auteurs, vendu tout mon matériel photo à New York et déménagé à Los Angeles en avril 2008. J'étais persuadé d'avoir trouvé ma vocation et je m'apprêtais à me lancer dans une carrière de réalisateur de longs-métrages. C'est évidemment à ce moment-là que l'économie mondiale s'est cassé la figure, faisant couler mon projet et précipitant le licenciement de mon agent et manager ! Mais avant de quitter Anonymous Content, mon ancien manager m’a présenté au prestigieux service dédié au clip vidéo. Comme j’avais accompli d’intéressantes missions en tant que photographe rock par le passé, ils ont accepté de m’engager. Puisque je n’avais pas de film à réaliser, et pas de boulot du tout, d’ailleurs, j’ai sauté sur l’occasion ! Entrer dans le milieu du clip vidéo n’a cependant pas été évident. J’ai dû rédiger au moins 35 demandes avant de pouvoir décrocher mon premier contrat. Il me fallait convaincre les maisons de disques qu’elles pouvaient avoir confiance en moi et que je ferais ce qu’elles exigeaient. C’est pourquoi mes premiers clips ont un style assez classique. A l’époque, les maisons de disques avaient plus de moyens, et comme j’étais nouveau dans le métier, je dépendais toujours de quelqu’un. Rick Ernst de chez Roadrunner a été le premier à me laisser une totale liberté. C'était pour le clip de « The Devil’s Orchard » d’Opeth. C’est là que j’ai véritablement commencé à exploiter le style graphique qui m’est propre.

Ton style a beaucoup évolué, avec l'inclusion de nouveaux éléments comme de l'animation pour le clip d'Opeth "The Devil's Orchard" et l'aspect "grindhouse" de "Fertile Green" de High on Fire. Qu'est ce qui a conduit à ce changement ?

Je vais faire court : le budget ! En 2009, quand je me suis mis à réaliser des clips, les budgets commençaient déjà à être restreints. Depuis, ils n'ont cessé d'être drastiquement réduits, surtout dans le domaine du rock et du heavy metal. Pour pallier ces restrictions budgétaires, les réalisateurs ont rivalisé d'ingéniosité dans leurs clips. Comme j'avais de l'expérience dans le domaine des longs-métrages, mon objectif était toujours de raconter véritablement une histoire. Les locations, les autorisations et les assurances, entre autres, coûtent une fortune. Puisque j'avais peu de moyens à ma disposition, animation et travail sur fond vert me sont devenus très familiers. Chaque clip m'a permis d'approfondir mes connaissances. Mon style graphique s'est enrichi de techniques utilisées par le passé dans le domaine des effets spéciaux, comme le stop motion ou les maquettes, communément utilisées pour les longs-métrages du genre puis délaissées au profit des images de synthèse. Le paradoxe, c'est que l'arrivée du cinéma numérique et des ordinateurs de bureau modernes a rendu ces vielles techniques très rentables.

Avec "Annihilation Affair" de Torche, "The Vengeful One" de Disturbed et donc "Spit Out The Bone" de Metallica, tu t'orientes franchement dans la dystopie et les figures totalitaires/dictatoriales. Là aussi, pourquoi une orientation revendicative ?

En tant que réalisateur, mon travail est d'interpréter, sous la forme d'un clip, l'œuvre que me soumettent les musiciens. En tant qu'artiste, je pense que je cherche, comme eux, à refléter le présent. La mondialisation a inexorablement conduit à une sorte de fascisme entrepreneurial et international, responsable de la pollution et de réchauffement climatique et, par extension, du décès de 12,6 millions de personnes rien que pour l'an dernier, selon les statistiques de l'OMS (et encore, sans prendre en compte les nombreuses victimes des guerres engendrées par la course au profit). Nous sommes des artistes et je pense qu'il serait irresponsable de notre part de ne pas dénoncer cela, ne serait-ce par le biais d'une chanson ou d'un clip à l'esthétique léchée. Le pouvoir de la propagande que dénonce "The Vengeful One" est loin d'être fantaisiste. D'ailleurs, il suffit de regarder le résultat des dernières élections présidentielles américaines. Nous nous dirigeons tout droit vers le futur dystopique proposé dans "Annihilation Affair" et "Spit Out The Bone" si nous ne cherchons pas résister et à nous orienter vers autre chose. Personnellement, je pense que derrière mon travail de réalisateur se cachent en fait deux missions : divertir et faire passer un message. Je sais bien que les clips ne peuvent pas changer le monde, mais lorsqu'ils sont visionnés par des millions de personnes, leur message peut être diffusé et traduire ce que beaucoup d'entre nous ressentent. Ce message, c'est que nous sommes voués à l'échec si nous n'essayons pas de nous unir contre cet immonde appât du gain qui nous détruit progressivement.

Le point commun entre ces 3 vidéos est la figure oppressive ou salvatrice au style très proche, ainsi que des personnages au visage masqué. Aimerais-tu pouvoir développer un univers (court-métrage, film, comic book) autour d'un tel personnage ?

J'utilise ces espèces de justiciers facilement reconnaissables dans mes clips pour accélérer le déroulé de l'histoire dans un format clip. Quand vous n'avez qu'entre 4 et 6 minutes pour raconter une histoire, ce recours vous est très utile si vous ne pouvez pas vous permettre de consacrer du temps à l'approfondissement du personnage. Comme ces archétypes sont immédiatement identifiables, je peux tout de suite entrer dans le vif du sujet. La série d'animation sur laquelle je travaille actuellement est dépourvue de superhéros de ce type, mais inclut d'autres personnages stéréotypés dans un contexte similaire de résistance et de rébellion. Pour mes futurs longs-métrages, j'aimerais que mes personnages aient un univers plus étoffé, moins centré sur les comics, tout en restant dans un milieu surréaliste et esthétique.

Pour rester dans le domaine de la réalisation, tu n'as plus réalisé de court métrage depuis "Far Out" en 2007. Quelle en est la raison ?

Je n'avais plus d'argent ! A l'époque où j'ai réalisé ces courts-métrages, j'étais encore un photographe à l'approche assez commerciale. Je travaillais à New York et mes affaires marchaient bien. J'avais plein de biffetons à jeter par les fenêtres ! Lorsque j'ai réalisé The Listening Dead, un vrai déclic s'est produit en moi et j'ai su que la réalisation serait ce sur quoi j'allais me focaliser désormais. Mais bien sûr, les moyens ont vite manqué !

Après que mon premier projet de long-métrage ait capoté, j'ai rédigé des scripts pour d'autres longs-métrages, mais sans succès. Aucun n'a débouché sur quelque chose de concret. Les clips sont devenus une sorte de refuge créatif qui m'a empêché de sombrer quand je commençais à perdre espoir. Je ressentais le plaisir de la réalisation à l'état pur. Un projet de long-métrage peut te mobiliser des mois voire des années, ne jamais vraiment se concrétiser et n'être donc jamais présenté au public. En revanche, pour un clip vidéo, on te donne un budget pour que tu écrives et réalises ton court-métrage en quelques semaines. Quand tu réalises avec peu de moyens, tu as du mal à résister à une offre, surtout quand tu t'es fait une petite réputation et qu'on te laisse carte blanche sur le plan créatif. J'ai réussi à étoffer ma filmographie ainsi que le nombre de coproducteurs qui me soutiennent, comme Ian Mackay.

Y a-t-il un groupe, artiste ou réalisateur avec qui tu rêverais de travailler ?

Je n'ai pas de nom qui me vienne en tête. D'une façon générale, on ne cherche pas à tout prix à travailler sur des clips. Metallica a été notre exception de l'année, pour des raisons évidentes. En dehors de la joie procurée par la réalisation en elle-même, travailler sur un clip n'est pas rentable. Les budgets sont si légers que l'on doit nous aussi mettre la main à la poche. De plus, la valeur promotionnelle qu'un clip apporte à son réalisateur diminue d'année en d'année car de moins en moins de magazines et de webzines en parlent (exception faite pour la musique pop). La plupart du temps, les maisons de disques et les groupes n'arrivent même plus à les mettre en avant. Il y a certainement des artistes proposant une musique plus commerciale avec qui j'aimerais travailler, mais honnêtement, je ne le ferai pas. Les clips sont pour moi un moyen de développer mes talents narratifs sur un plan visuel. Je dois donc étudier toutes les propositions que l'on me fait car je travaille sur mes projets personnels en parallèle.

Quels sont tes projets en cours, autant pour des groupes que pour ton propre univers ?

En ce moment, je travaille sur un making of de "Spit Out The Bone", puis je reviendrai à ma série d'animation Professor Dario Bava, qui se passe à Rome à la fin des années 60 et qui a pour personnage principal une sorte de playboy du paranormal, adepte de la fumette. La série est composé de petits chapitres qui, mis bout à bout, constituent une histoire complète. Dans le premier épisode, "Orgy of the Blood Freaks" (que l'on pourrait traduire par "Orgie chez les assoiffés de sang"), une bande de méchants et de monstres bien vicieux cherche à rejoindre une abbaye en ruines pour y passer une nuit sous le signe du chaos et du sang. Cette série est avant tout une déclaration d'amour à la Hammer et aux productions horrifiques et sexy italiennes de la fin des années 60, courant des années 70, avec ce qu'il faut de bizarrerie SF et de satyre politique. Une bande-annonce devrait être disponible au printemps, donc pensez à jeter un œil à Diabolikfilms.com de temps en temps ! 

Notre sélection de clips

Korn - Olidale  

High On Fire - Fertile Green 

HUNTRESS - SORROW 

 

TORCHE - ANNIHILATION AFFAIR

Disturbed - The Vengeful One 

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