[INTERVIEW] Ravn de 1349 au Muscadeath 2026 !
Anteverse : Deux ans après la sortie de "The Wolf & The King", quel regard portes-tu aujourd'hui sur cet album ?
Ravn : Ma perception de ce disque n'a pas changé. Il est devenu exactement ce que je voulais qu'il soit, et sa réception a également été très positive.
Lorsque nous sortons un album, nous le considérons toujours comme notre meilleur travail à ce moment précis. Nous cherchons constamment à repousser nos limites en tant que musiciens. C'est un peu le but de la vie : essayer de devenir la meilleure version de soi-même.
Avec "The Wolf & The King", nous avons accompli ce que nous voulions accomplir. Il est toujours intéressant de voir si les auditeurs partagent cette impression, et dans ce cas précis, la réponse a été très positive.
La réaction du public en concert est également excellente. Une chanson enregistrée en studio peut prendre une dimension totalement différente sur scène. J'aime penser que l'énergie que nous créons devant le public circule entre nous et les spectateurs avant de revenir vers nous. C'est un échange permanent.
En résumé, nous sommes extrêmement satisfaits de ce que cet album est devenu et de ce qu'il a accompli.
Beaucoup considèrent cet album comme un équilibre parfait entre l'agressivité de vos débuts et les atmosphères plus développées de vos productions récentes. Était-ce une démarche consciente ?
Chaque nouvel album commence avec deux objectifs.
D'une part, nous voulons progresser. D'autre part, pour progresser, il faut aussi regarder en arrière.
En tant qu'artistes, nous ne voulons jamais nous répéter. Pourtant, certaines idées ou certains éléments nous plaisent toujours. Nous les réutilisons parfois, mais dans un contexte différent.
Une grande partie de l'industrie musicale préfère reproduire une formule qui fonctionne. Nous éprouvons une certaine fierté à faire exactement l'inverse.
On associe souvent 1349 à l'intensité et à la vitesse. Ressentez-vous encore le besoin de repousser ces limites ou la création d'atmosphères est-elle devenue tout aussi importante ?
L'équilibre entre ces deux aspects a toujours existé. Les proportions changent simplement avec le temps, parce que nous évoluons nous-mêmes en tant qu'êtres humains.
Nous avons toujours aimé la fureur et l'agression. Elles sont présentes sur chacun de nos albums. Mais avec l'expérience, nous avons également développé d'autres outils d'expression.
Prenons The God Devourer. Le morceau commence à une vitesse extrême, ralentit ensuite, puis alterne constamment entre ces différentes dynamiques. C'est quelque chose que nous n'aurions probablement pas été capables de faire à nos débuts.
Prenons The God Devourer. Le morceau commence à une vitesse extrême, ralentit ensuite, puis alterne constamment entre ces différentes dynamiques. C'est quelque chose que nous n'aurions probablement pas été capables de faire à nos débuts.
Lorsque nous avons fondé 1349 avec Frost, notre objectif était de maintenir vivant l'aspect le plus sombre, le plus brutal et le plus hérétique du black metal. À l'époque, nous étions presque en mission.
Avec les années, nous sommes devenus capables d'introduire davantage d'atmosphère dans notre musique. Mais cela ne signifie pas que nous avons abandonné la violence. Le véritable défi consiste justement à combiner ces deux dimensions.
Créer de la violence à travers le calme est parfois plus difficile que créer de la violence par la seule vitesse.
Vos concerts sont réputés pour leur intensité et leur dimension visuelle. Préfères-tu les festivals ou les concerts en salle ?
Je préfère les salles.
J'aime pouvoir être proche du public. En festival, une grande partie des spectateurs se trouve loin de la scène. Dans une salle, je peux regarder les gens dans les yeux à quelques mètres de distance. Je peux presque les toucher.
Cette proximité me permet de comprendre ce qu'ils vivent. Je vois s'ils découvrent le groupe pour la première fois ou s'ils nous suivent depuis des années. Et puis nous retrouvons souvent les mêmes visages au premier rang.
Cela dit, les grands festivals restent fantastiques pour d'autres raisons. Des événements comme le Hellfest offrent des scènes immenses, des moyens techniques considérables et permettent de toucher un nouveaupublic. Ils sont essentiels pour faire découvrir notre musique à de nouvelles personnes.
Existe-t-il des morceaux que vous évitez volontairement de jouer en concert ?
Pas vraiment. Nous pourrions jouer pratiquement toutes les chansons de notre discographie.
Le problème est plutôt qu'elles ne sont pas toutes adaptées au live, et que nous devons composer avec le temps dont nous disposons.
Dans un festival, nous avons parfois seulement quarante-cinq minutes. Le public souhaite entendre les morceaux qu'il connaît et apprécie le plus.
En dehors d'événements spéciaux, comme lorsque nous avons joué l'intégralité de Hellfire pour son anniversaire à Oslo, nous devons faire des choix.
Je ne pense pas que nous reproduirons souvent ce genre d'expérience avant d'avoir réellement terminé ce que nous voulons accomplir avec 1349. Nous avons déjà l'intention d'enregistrer un neuvième album. Ensuite, nous verrons.
Comment expliquez-vous la remarquable stabilité du line-up depuis toutes ces années ?
Parce que nous n'avons jamais fonctionné comme un groupe de copains qui décide simplement de jouer ensemble.
J'avais déjà côtoyé Frost et Seidemann avant la création de 1349. Quant à Archaon, nous l'avons recruté précisément parce que nous savions ce qu'il pouvait apporter musicalement.
Chaque membre a rejoint le groupe parce qu'il partageait une même vision du black metal.
Chaque membre a rejoint le groupe parce qu'il partageait une même vision du black metal.
Frost, par exemple, est venu de plus en plus souvent à nos répétitions. À l'époque, nous travaillions avec un batteur de session pour les concerts. Un jour, il m'a expliqué qu'il aimerait rejoindre officiellement le groupe, à condition de pouvoir continuer à honorer ses engagements avec Satyricon.
Il partageait exactement la même vision que moi.
C'est probablement ce qui explique notre longévité. Nous avons toujours été unis par une direction artistique commune.
C'est probablement ce qui explique notre longévité. Nous avons toujours été unis par une direction artistique commune.
Bien sûr, après toutes ces années, nous sommes également devenus amis. Mais le respect mutuel et la vision commune ont toujours été le fondement du groupe.
Est-il important de préserver la pureté du black metal ou le genre doit-il évoluer avec chaque génération ?
Un jour ou l'autre, il évoluera forcément. Le black metal me survivra. Ce qu'il deviendra ensuite, je n'en sais rien. Et c'est très bien ainsi.
Nous avons simplement une mission à accomplir. Nous voulons aller au bout de ce que nous avons entrepris avec 1349. Après cela, cette époque sera terminée, du moins pour nous.
Nous avons la chance de ne pas dépendre financièrement du groupe. Frost est le seul musicien professionnel à temps plein de la formation. Les autres exercent un métier à côté.
Cette indépendance nous permet de ne faire aucun compromis artistique. Nous n'avons pas besoin d'adoucir notre musique ou de suivre des tendances pour vendre davantage.
Le black metal reste une musique de niche, même dans ses formes les plus populaires. On ne choisit pas cette voie pour devenir riche.
Enfin... pas riche financièrement.
En revanche, on peut devenir immensément riche d'expériences : voyager, rencontrer des gens, partager son art avec le public. Toute la pression que nous ressentons vient de nous-mêmes. Pas des maisons de disques. Nous voulons constamment nous dépasser afin d'honorer au mieux cet héritage.
C'est notre mission.

