Crystal Throne - Chantry Of Sacrifice
Avec "Chantry of Sacrifice", Crystal Throne propose un album-concept de heavy metal progressif qui nous entraîne dans un univers de science-fiction. Neuf compositions, près d'une heure de musique et une ambition évidente : raconter une histoire tout en laissant s'exprimer les qualités techniques de ses musiciens. Un programme séduisant sur le papier, mais qui me laisse finalement un sentiment partagé.
Dès l'introduction, les dialogues et les sonorités synthétiques installent une ambiance futuriste qui laisse espérer une véritable immersion dans cet univers. Pourtant, une fois les morceaux lancés, le groupe revient assez rapidement à un heavy metal traditionnel, mélodique et largement dominé par les guitares. Les touches électroniques restent discrètes, souvent cantonnées aux transitions ou aux fins de compositions. C'est dommage, car j'aurais aimé que cette identité SF imprègne davantage les arrangements.
L'album présente également une certaine organisation dans sa construction. On retrouve des morceaux plutôt rapides, suivis de titres plus mid-tempo, avant que le groupe ne s'aventure vers des compositions plus atypiques. C'est d'ailleurs dans cette seconde approche que je trouve Crystal Throne le plus intéressant. "Antagonists", avec la participation de Cheyenne Janas, constitue l'un des temps forts de l'album. Le contraste entre sa voix aiguë et le registre plus grave de Terry DeFire fonctionne particulièrement bien. Le chanteur se montre d'ailleurs plus convaincant lorsqu'il adopte une approche rock, voire plus agressive, plutôt que lorsqu'il pousse systématiquement dans les aigus.
"Insurgent Outcry" apporte enfin quelques synthétiseurs et une ambiance épique bienvenue, tandis que le morceau-titre mise davantage sur le riffing. Mais c'est surtout avec "Sleeping in the Void", ses neuf minutes et ses arrangements presque symphoniques, que le groupe dévoile ce que j'aurais aimé entendre plus souvent. Chœurs masculins, chant grave, quelques growls, touches électroniques et passages évoquant aussi bien Therion que Rhapsody : cette dernière composition rassemble plusieurs ingrédients qui donnent une autre dimension à l'album.
C'est précisément là que se situe ma principale frustration. J'aurais aimé que Crystal Throne privilégie davantage cette orientation symphonique et cinématographique, avec plus de synthétiseurs, de chœurs et de chant féminin. Cheyenne Janas apporte une véritable richesse à "Antagonists", et sa présence aurait mérité d'être davantage exploitée. En somme, je me serais volontiers laissé embarquer dans un univers plus proche de Rhapsody ou de Therion comme je l'ai dit précédement que d'une approche très démonstrative du metal progressif à la Symphony X.
Car c'est aussi une question de sensibilité personnelle. N'étant pas particulièrement amateur de metal progressif, j'ai parfois du mal avec cette tendance à développer longuement les compositions et à multiplier les solos. Je préfère un riff marquant, un break bien senti et un solo qui intervient au moment opportun, plutôt que de longues démonstrations instrumentales. Ici, cette approche finit parfois par donner une impression de longueur et d'homogénéité, malgré les qualités indéniables des musiciens.
La réécoute permet toutefois d'apprécier davantage les compositions. Une fois les attentes initiales digérées, on se laisse plus facilement porter par les propositions du groupe et par son savoir-faire. La production est excellente, les guitares sont particulièrement soignées et la section rythmique mérite également d'être soulignée, notamment lorsque la basse bénéficie d'un peu plus d'espace.
Au final, "Chantry of Sacrifice" est un album solide, porté par des musiciens talentueux et quelques très belles compositions, en dépit d'un chant parfois hasardeux. Mais j'ai le sentiment que Crystal Throne possède des ingrédients qu'il n'exploite pas suffisamment. Il manque cette audace dans les arrangements qui aurait permis à son univers de prendre véritablement vie. Les meilleures idées sont bien présentes, mais trop rarement développées. Un album efficace, mais qui aurait gagné à oser davantage, assumer complètement son sujet, et savoir quand privilégier l'efficacité à la démonstration.

