Cultus Sanguine - Tears Painted Sky
Avec un nom pareil, Cultus Sanguine annonce la couleur : ici, on ne vient pas chercher la joie de vivre et les petits oiseaux qui chantent au printemps. Fondé à Milan en 1993, le groupe italien revient avec "Tears Painted Sky", son quatrième album studio, après une longue pause au début des années 2000 et un retour discographique marqué par "Dust Once Alive" en 2023. Au programme : neuf morceaux qui plongent dans un univers gothique, théâtral et délicieusement funèbre.
Pour un album annoncé comme doom, je m'attendais à quelque chose de nettement plus lent. Pourtant, dès le morceau-titre, les riffs peuvent se montrer rapides et accrocheurs, soutenus par des clavecins et des chœurs gothiques. Les compositions prennent leur temps, multiplient les changements de rythme et évitent les structures trop évidentes. Ici, pas question d'expédier les idées en trois minutes : Cultus Sanguine installe ses ambiances et les développe sans se presser.
L'ensemble dégage un parfum de gothique des années 90 qui parlera probablement aux amateurs du genre. Attention, je ne prétends pas connaître suffisamment ce sous-genre pour identifier les influences exactes du groupe, mais certaines sonorités réveillent chez moi des souvenirs de Theatre des Vampires, des premiers Tristania ou encore de Theatre of Tragedy. Les claviers, parfois synthétiques, parfois plus classiques, participent largement à cette atmosphère vampirique. Le piano se révèle particulièrement efficace, tandis que les passages plus dépouillés apportent de belles respirations au milieu des riffs.
Le principal obstacle, pour moi, aura été le chant de Joe Ferraro. Très théâtral, parfois grandiloquent, il m'a demandé un temps d'adaptation. L'accent anglais peut même produire quelques effets involontairement amusants. Mais à mesure que l'album avance, la voix dévoile différentes facettes : plaintive, colérique, parlée ou plus agressive. Elle finit par s'apprivoiser, comme une bête sauvage. Et si tout n'est pas toujours parfaitement harmonieux à mes oreilles, cette interprétation participe pleinement à l'identité du disque.
Parmi les neuf compositions, trois titres ont particulièrement retenu mon attention. "Tue Ossa Sono Fredde»" ("Tes os sont Froids") nous entraîne dans une véritable complainte funéraire. Le violon y apporte une dimension mystique, entre cimetière brumeux et apparition fantomatique. Le chant en italien paraît d'ailleurs beaucoup plus naturel, tandis que la partie metal qui surgit en fin de morceau vient rompre cette douceur lugubre.
Changement d'ambiance avec "Pale Presence", plus heavy et porté par des nappes de synthés particulièrement réussies. Le chant se fait plus agressif, avant qu'un passage ralenti ne fasse basculer le morceau dans une atmosphère spectrale. De quoi imaginer Beetlejuice ou L'Étrange Noël de Monsieur Jack débarquer au beau milieu d'un album de metal gothique. Du Danny Elfman Metal ? Pourquoi pas !
Enfin, "Rise To Nowhere" pousse encore davantage les curseurs du heavy. Gros riff, chant crié, break massif : c'est probablement le morceau le plus hargneux du disque. Une pause mélancolique vient toutefois nuancer cette déferlante, rappelant que Cultus Sanguine ne se résume pas à ses passages les plus musclés.
Le reste de l'album navigue entre ces différentes facettes, des passages franchement doom de "My Wounds Are Eternal" aux ambiances plus désespérées de "Funeral Farewells". Ce dernier morceau, le plus long du disque, évolue progressivement avant de s'achever sur un fade-out qui donne littéralement l'impression d'entendre quelqu'un s'éteindre. Une conclusion parfaitement raccord avec l'univers du groupe.
Avec "Tears Painted Sky", Cultus Sanguine propose un voyage sombre et théâtral, mais pas nécessairement déprimant. Malgré quelques réserves sur le chant, j'ai fini par me laisser embarquer par ces compositions qui savent alterner lourdeur, mélancolie et envolées plus agressives. Une découverte convaincante, qui ravira sans doute les amateurs de metal gothique aux accents old school.

