John Dies At The End
Il aura fallu attendre un peu plus de 10 ans pour pouvoir découvrir le nouveau film de Don Coscarelli. Le bonhomme, pour ceux qui suivent son œuvre, nest pas prolifique. Si il a persévéré dans la saga Phantasm (4 films, soit près d'un tiers de sa filmographie), ses projets mettent toujours du temps à aboutir, les financements de ses œuvres étant compliquées puisqu’elles sortent beaucoup des critères classiques du genre (Bubba Ho Tep était, rappelons le, un mélange entre horreur, drame et comédie). Avec John Dies At The End, il se lance dans un nouveau trip complètement barje, qui vous balance une idée toutes les 5 minutes.
Ici, Don Coscarelli oublie la réflexion et délaisse les sentiments (Bubba Ho Tep contenait de vrais moments d’émotions, ici, c’est du divertissement fantastique pur) pour donner dans la surenchère fantastique. En effet, il est impossible de prévoir comment le film va avancer au fur et à mesure, puisque que la menace qui semble peser sur le monde change sans cesse de visage. Le réalisateur se lâche d’ailleurs au niveau de l’humour et n’hésite pas à donner à l’apocalypse des visages absurdes, comme le coup de cette sauce chinoise très commune dans tous les restaurants qui se révèle être une créature infectant les humains (c’est un spoiler, mais ce n’est qu’une idée du film parmi tant d’autres). Ainsi, on ne peut pas vraiment dire que le film est un tout cohérent, disons qu’il suit beaucoup de « trip », de saynettes fantastiques presque toujours humoristiques qui nous amènent peu à peu vers un dénouement qui joue bien la surenchère. Question fantastique, la richesse du matériau est bien là, le film donnant à la fois dans une secte au service d’un monstre, dans les monstres en tout genre (le coup du golem de chair, concocté avec des pièces de boucheries, est un vrai régal), les phénomènes paranormaux et même dans le futur apocalyptique avec un hilarant final qui pose une nouvelle prophétie pour John et Dave.
Si on frise l’indigestion thématique, le résultat relève incontestablement d’une générosité sans borne. Le principal petit reproche que je pourrais lui faire, c’est de manquer d’âme. Les films de Coscarelli avaient un fond humain souvent touchant. Avec John Dies At The End, on donne dans une comédie fantastique qui reste parfois sérieuse pour quelques rebondissements ou moments de suspense. Ainsi, on pense aux comédies d’Ivan Reitman, comme SOS fantôme II (beaucoup d’effets spéciaux, mais absolument pas drôle), ou plus particulièrement Evolution (une comédie fantastique dont l'humour particulièrement jusqu'auboutiste dans l'absurde en viendrait à être confondue avec de la beauferie assumée).
Non pas que John… soit d’un niveau équivalent (l’originalité et une certaine légèreté des dialogues lui font aisément grimper des marches sur l’escalier de la reconnaissance publique), mais à force de ne pas être trop sérieux, les enjeux peinent à convaincre, les personnages ayant ce caractère blasé à la limite de l'indifférence qui agace particulièrement l’auteur de ces lignes. Toutefois, le film tire largement son épingle du jeu grâce à une histoire imprévisible et quelques gags bien sentis (par contre, le coup du chien intelligent, personne n’avait osé depuis la saga Watcher, un beau représentant des nanars inspirés de Predator). On en viendra même à oublier la faiblesse technique de plusieurs moments (ouch, les scènes tournées sur écran vert...) devant la générosité des effets. Très recommandable pour la rareté de tels univers, même si, sur un terrain équivalent, on lui préfèrera largement Heartless. (Je rajouterais que c'est un film avant tout recommandé aux fans de Joe Dante, des films Bill & Ted et de délire tel que Bukaroo Banzaï ndrc)

