Eye of Melian - Forest of Forgetting
Derrière Eye of Melian se cache le projet symphonique de Martijn Westerholt, compositeur et claviériste de Delain et ex Within Temptation, accompagné au chant par Johanna Kurkela, connue notamment pour Auri, le side project de Tuomas Holopainen de Nightwish. Ici, aucune guitare, aucune trace de metal : "Forest of Forgetting" assume pleinement son identité orchestrale et cinématographique. On est davantage face à une œuvre pensée comme une bande originale fantasy que comme un album rock traditionnel.
Musicalement, l’album repose sur des arrangements orchestraux amples et travaillés. Les cordes dominent, soutenues par un piano central et des nappes de claviers atmosphériques. L’écriture donne vraiment l’impression d’avoir été conçue pour un ensemble orchestral complet : ce ne sont pas de simples synthés plaqués en fond, mais des structures pensées comme des partitions de film, avec des crescendos, des respirations, des montées dramatiques. Le mixage privilégie l’espace et la profondeur, avec beaucoup d’air entre les instruments et une réverbération qui renforce la dimension immersive.
Certains titres incarnent parfaitement cette direction. “Symphonia Arcana” résume à lui seul l’identité du disque, majestueux et enveloppant. “Dawn of Avatars”, enrichi par la participation de Patty Gurdy (musicienne allemande, joueuse d'instruments folks) et Troy Donockley (Nightwish et Auri), apporte une touche folk bienvenue grâce à la hurdy-gurdy et aux flûtes, ajoutant des couleurs organiques à l’ensemble orchestral. Quant à “Tears of the Dragon”, reprise du classique de Bruce Dickinson, elle surprend par son efficacité : totalement réinventée dans un écrin symphonique et contemplatif, elle s’intègre finalement très bien à l’univers du projet.
Vocalement, Johanna Kurkela impressionne par sa finesse et sa maîtrise. Sa voix évoque autant Enya que Lisa Gerrard (la voix inoubliable que l’on entend notamment dans Gladiator). Elle apporte une dimension presque mystique à l’ensemble, oscillant entre douceur éthérée et intensité plus dramatique.
Ce qui me frappe également, c’est l’évolution du projet. Les premières sorties d’Eye of Melian posaient déjà les bases d’un univers symphonique et féerique, mais ce nouvel album va plus loin dans l’affirmation de son identité. L’écriture est plus ambitieuse, plus cinématographique, les orchestrations plus riches et mieux intégrées. Le projet semble aujourd’hui totalement émancipé de l’ombre de Delain : ce n’est plus un “side project”, mais une entité artistique à part entière, avec sa propre cohérence esthétique.
J’ai globalement adoré l’album. L’ambiance est magnifique, immersive, grandiloquente. C’est typiquement le genre de disque qui fonctionne comme une porte vers l’imaginaire, presque comme une expérience méditative. Pour autant, je ne lui mets pas la note maximale. Sa grande homogénéité — accentuée par des tempos majoritairement lents — peut le rendre un peu trop uniforme sur la durée. Sur la fin, si je ne suis pas parfaitement dans le bon état d’esprit, l’ensemble peut devenir légèrement soporifique. Ce n’est pas un album que je réécouterai souvent en entier, car j’ai souvent besoin d’une musique plus dynamique, plus rythmée.
Mais lorsque je serai disposé à me laisser porter, je sais que chaque écoute sera une superbe expérience. "Forest of Forgetting" est un album magnifique, exigeant dans son atmosphère, cohérent et profondément immersif. Un disque qui frôle le coup de cœur absolu, et qui confirme que Eye of Melian est désormais un projet pleinement abouti.


