Eternal Mourn - Winds Of Sorrow
Il y a des albums qui se découvrent par leurs paroles, leur concept ou leur univers visuel. Et puis il y a ceux qui n'ont pas besoin de mots pour transmettre une émotion. "Winds of Sorrow", premier EP des Italiens d'Eternal Mourn, appartient clairement à cette seconde catégorie. Les paroles restent inconnues pour l'instant, mais finalement, elles semblent presque secondaires : la musique parle d'elle-même.
Formé par des musiciens issus notamment de Black Oath, The Rite, Extirpation, Funest, Araphel et Demonomancy, Eternal Mourn s'inscrit dans la grande tradition du death-doom des années 90, avec des influences revendiquées comme Paradise Lost, Katatonia ou Cemetary. Mais loin de proposer une simple copie nostalgique, le groupe reprend ces codes pour créer une œuvre personnelle, où la mélancolie et la lourdeur se répondent constamment.
Difficile d'ailleurs de réellement parler de trois morceaux distincts. "Winds of Sorrow" ressemble davantage à une longue pièce divisée en trois mouvements. Les pistes s'enchaînent naturellement, donnant presque l'impression d'écouter un opéra sombre où chaque passage prépare le suivant. La durée des morceaux, dépassant tous les sept minutes, n'est donc jamais un problème : chaque titre contient lui-même plusieurs évolutions, plusieurs ambiances, presque plusieurs chansons.
Le premier des trois morceaux "Falling Tears" pose les bases. D'abord très orienté death metal, il dévoile progressivement des passages plus doom, plus lourds et atmosphériques. Les longs passages instrumentaux permettent au groupe d'installer son univers sans jamais donner l'impression de tourner en rond. On pense évidemment à la scène death-doom traditionnelle, mais aussi à une approche plus progressive, dans cette manière de faire évoluer un morceau plutôt que de simplement alterner couplets et refrains.
Le deuxième titre "Embracing Tragedy" reprend cette logique, mais en inversant presque la dynamique. Plus doom dans son approche, il laisse régulièrement surgir des accélérations plus agressives. La batterie, particulièrement mise en avant dans le mix, devient un véritable élément narratif, donnant du relief aux différentes transitions. Le morceau semble changer de visage au fil de son évolution, comme s'il était lui-même composé de plusieurs chapitres.
Le troisième mouvement, "Winds of Sorrow" est celui qui dévoile peut-être le plus les ambitions du groupe. Pour la première fois, le chant clair apparaît lors d'un passage plus calme, créant un contraste saisissant avec la noirceur développée jusque-là. Utilisé avec parcimonie, il gagne en impact émotionnel. Les passages les plus épiques évoquent par moments Septicflesh dans cette sensation de grandeur sombre et monumentale, mais sans l'approche symphonique du groupe grec.
Ce qui frappe surtout, c'est la fluidité de l'ensemble. Malgré la longueur des compositions, Eternal Mourn évite deux pièges fréquents : le doom qui s'enferme dans la répétition et le metal progressif qui privilégie la démonstration technique. Ici, chaque changement de rythme semble avoir une raison d'être. Chaque accélération, chaque ralentissement, chaque respiration participe à l'atmosphère générale.
Bien sûr, avec seulement trois morceaux, il est plus facile de maintenir une cohérence parfaite. La véritable question sera maintenant de savoir si Eternal Mourn saura transformer l'essai sur un format album complet. Car "Winds of Sorrow" montre déjà une vraie compréhension de ce qui fait la force du death-doom : créer une émotion avant de simplement jouer des riffs.
Un premier EP dense, immersif et étonnamment mature. Les influences sont clairement perceptibles, mais elles sont digérées avec suffisamment de personnalité pour donner envie de découvrir la suite.
Car au final, les paroles importent presque peu : ici, les riffs, les silences et les variations racontent déjà leur propre histoire. Une œuvre qui ne se lit pas. Elle se ressent.

