Beyond The Black - Break The Silence
Il m’est difficile d’aborder "Break The Silence" avec une totale objectivité. Beyond The Black est en effet le premier groupe que j’ai eu l’occasion d’interviewer pour le webzine, à l’époque de leur première partie d’Epica au Zénith. Forcément, chaque nouvelle sortie du groupe s’écoute avec une oreille chargée de souvenirs et d’affect. Mais une fois cette émotion mise de côté, "Break The Silence" s’inscrit finalement très clairement dans la continuité de la discographie du groupe.
On y retrouve ce que Beyond The Black sait faire de mieux : une production propre, moderne, accessible, des morceaux efficaces, mélodiques, portés par une chanteuse toujours irréprochable. Jennifer Haben reste, sans surprise, l’argument numéro un du groupe : son chant, à la fois puissant et expressif, capte l’attention du début à la fin et confère à l’album toute sa charge émotionnelle. Comme souvent, Beyond The Black excelle dans ces instants de grâce isolés, ces titres ou passages qui touchent juste — même si l’ensemble peine encore à atteindre ce fameux statut de “groupe culte”.
Car c’est sans doute là que se situe la limite de "Break The Silence" : l’album est bon, parfois très bon, mais il lui manque encore ce petit supplément d’âme, cette prise de risque ou cette signature forte qui ferait basculer Beyond The Black dans une autre catégorie. Les compositions sont solides, bien calibrées, souvent pensées pour la scène, mais restent globalement dans un cadre familier. À ce titre, l’album consolide davantage l’identité du groupe qu’il ne la réinvente.
Plusieurs morceaux tirent toutefois clairement leur épingle du jeu. Le titre éponyme "Break The Silence" fonctionne comme un hymne taillé pour le live, tandis que "Rising High" ou "Ravens" confirment ce savoir-faire mélodique immédiat qui fait la force du groupe. L’album se distingue aussi par ses collaborations, et notamment "Can You Hear Me", partagé avec Asami de Lovebites. En tant qu’amateur de metal japonais, cette rencontre fait clairement partie des temps forts du disque : le contraste et la complémentarité des voix apportent une énergie différente, presque power metal, qui donne un vrai relief au morceau. De la même manière, "Let There Be Rain" intrigue par sa dimension plus atmosphérique, grâce à l’apport vocal du Mystery of the Bulgarian Voices, offrant une couleur inhabituelle dans la discographie du groupe.
Malgré ces réussites, certains choix pourront diviser. La production, très propre et parfois très “pop metal”, laisse les guitares légèrement en retrait, et l’ensemble peut paraître un peu trop lisse pour celles et ceux qui attendent davantage d’aspérités ou de prises de risques. On est clairement sur un album qui privilégie l’émotion directe et l’efficacité à l’expérimentation ou à la complexité.
En définitive, "Break The Silence" est un album cohérent, bien produit, porté par une chanteuse remarquable, et qui séduira sans peine le public déjà conquis par Beyond The Black. De mon côté, je continue d’y voir un groupe capable de livrer d’excellents morceaux — au point qu’un best-of ferait sans doute un malheur — mais qui peine encore à transformer cette constance en un album véritablement marquant de bout en bout. Un disque sincère, agréable, parfois touchant, qui confirme une trajectoire solide… en attendant peut-être ce futur album qui révélera pleinement la “patte” Beyond The Black.


