Darkman
Si Evil Dead a beaucoup contribué à la popularité de Sam Raimi, c’est Spiderman qui l’a propulsé dans les sphères du divertissement grand public, dont il sortira à peine avec le moins sage Jusqu’en enfer. Sam Raimi a toujours été fasciné par l’essence du super héros, en comics plus particulièrement, et dans leur mythologie si particulière. C’est la souffrance d’un super-héros qui le rend attachant, et c’est sur ces bases qu’il s’attaque pour la première fois au façonnement d’un mythe : Darkman. Un brouillon qui lui permet de tester beaucoup de procédés (il en appliquera certains à sa vision de Spiderman) et qui montrent déjà la passion du bonhomme pour des personnages hauts en couleurs et profondément humains.
L’histoire : Peyton est un scientifique travaillant sur la peau de synthèse, qui reste relativement peu stable une fois créée. Alors qu’il progresse dans ses recherches, sa femme se lance dans l’attaque d’un promoteur immobilier qui fricotte avec la maffia locale. Ces derniers récupèrent un document compromettant et brûlent le scientifique dans son laboratoire
L’histoire de Darkman est déjà particulièrement intéressante dans sa forme, car si Sam Raimi a assurément conscience de faire du cinéma divertissant (et par conséquent excessif), il prend toujours soin de justifier (avec plus ou moins de logique) les aptitudes de son super-héros : c’est un grand brûlé sur 70% de son corps (par conséquent non identifiable par les autorités) dont les nerfs ont été déconnectés pour soulager sa douleur physique (ce qui entraîne une résistance totale à la douleur et une prolongation des efforts physiques au-delà de la normale.Le gars morfle comme une personne normale, mais il ne s’en rend tout simplement pas compte.
Mais avec cela, il souffre aussi d’un trouble des sentiments, qu’il devient incapable de contrôler (d’où des sautes d’humeur particulièrement destructrices qui l’handicaperont lourdement pour ses tentatives de retour à une vie normale). Pour une genèse de super-héros, la formule est tout simplement magnifiquement payante, l’ambiguïté du personnage étant tout le temps présente (c’est au final un type qui cherche à se venger, et pour une fois, le final l’opposant au promoteur immobilier où ce dernier l’accuse de ne pas valoir mieux que lui (car lui détruit pour construire) prend une ampleur rarement vue qui fait vraiment plaisir. Est-il besoin de préciser l'hommage magnifique à L'Homme Invisible de James Whale ?
Même soin apporté aux méchants, qui agissent avec une logique exemplaire, en s’autorisant toutefois des gags à la Raimi toujours cartoonesques, mais qui n’oublient jamais de rester sérieux quand le drame est de mise (les hommes de mains sont sans pitié, et leur cruauté frappe parfois durement le spectateur). C’est bien là ce qui f ait la force et la faiblesse du film : il va toujours à fond dans ses idées, et si beaucoup sont excellentes, certaines sont carrément too much, préférant s’aventurer dans le domaine du grand spectacle plutôt que de rester sur le plan de l’intensité tragique.
On se souviendra de cette scène de cascade où notre héros accroché au câble d’un hélico traverse un building, s’excuse du dérangement auprès des employés avant de retourner sous le feu ennemi. Une scène d’action qui annonce déjà certains plans de Spiderman, mais qui préfère laisser de côté toute cohérence pour nous offrir du spectacle. Avec Darkman, Raimi montre déjà qu’il veut cerner ses personnages au niveau du cœur, plus préoccupé par leurs sentiments que par leur intellect (le héros est un scientifique, mais en dehors d’un jargon à peine plus recherché que la moyenne, rien de vraiment réaliste ne sera proposé à ce sujet).
Toutefois, les bases du héros de Raimi sont bien là, et la qualité du spectacle est trop rare pour être boudée. De nos jours où les héros sont des vikings imbus d’eux-mêmes ou des gars en armures qui se pissent dessus, Darkman est un héros infiniment plus attachant que les nouvelles productions Marvel, et devrait obtenir gain de cause auprès des fans de vrais super-héros. Très estimable au vu de ses modestes prétentions.


